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Quand le monde extérieur devient trop lourd à porter

Photo du rédacteur: Katia Barthélémy Paillé
Katia Barthélémy Paillé
il y a 5 jours
4 min de lecture

Il y a des périodes où l’on a l’impression que tout est sous tension.

Les actualités sont préoccupantes. Les incertitudes s’accumulent. Le coût de la vie pèse davantage. Les conversations peuvent rapidement devenir tendues.

Pendant ce temps, notre propre quotidien continue : travail, famille, responsabilités, relations, imprévus…

Alors, sans forcément s’en rendre compte, on finit par fonctionner avec un niveau de tension plus élevé. On est plus irritable, on rumine davantage, on dort moins bien, on supporte moins facilement les contrariétés, on a du mal à décrocher.

Et une phrase revient souvent :

« Avec tout ce qui se passe en ce moment, c’est normal. »

C’est vrai.

Le contexte extérieur peut réellement avoir un impact sur notre état émotionnel.

Mais il y a une autre question, moins évidente, qui mérite parfois d’être posée :

Pourquoi cela me touche-t-il autant ?


Nous ne réagissons pas tous de la même manière

Deux personnes peuvent être confrontées à la même information, à la même incertitude ou à la même difficulté et ne pas la vivre de la même façon.

L’une va réussir à prendre de la distance.

L’autre va y penser toute la journée.

Une personne va se sentir particulièrement inquiète face à une hausse des prix. Une autre sera davantage touchée par l’incertitude. Une autre encore par les tensions entre les personnes.


Pourquoi ?


Parce que ce qui se passe aujourd’hui peut parfois venir toucher quelque chose que nous portons déjà.

Une peur de manquer.

Un besoin de sécurité.

La sensation de devoir anticiper pour éviter les problèmes.

La difficulté à lâcher prise.

Le besoin de protéger les autres.

La peur de ne pas être à la hauteur.

L’événement extérieur est bien réel.

Mais l'intensité avec laquelle nous le vivons peut aussi être liée à ce qu'il vient toucher en nous.


Quand ce qui se passe aujourd'hui nous fait craindre demain

Il y a aussi une autre dimension : ce qui n’est pas encore arrivé.

Une information peut déclencher une succession de pensées :

Et si la situation empirait ? Et si cela avait des conséquences pour moi ? Et si cela arrivait à mes proches ? Et si je n’arrivais pas à faire face ?

À partir d’un événement réel, notre esprit peut construire plusieurs scénarios. Et nous pouvons alors commencer à ressentir aujourd’hui les conséquences émotionnelles de quelque chose qui ne s'est pas passé.


La situation présente existe.

La peur, elle, peut nous emmener dans un demain qui n'existe pas.

C’est une différence importante à observer.


Certaines choses ne dépendent pas de nous

Nous ne pouvons pas décider de ce qui va se passer dans le monde.

Nous ne pouvons pas empêcher toutes les mauvaises nouvelles.

Nous ne pouvons pas maîtriser les décisions des autres, les réactions de notre entourage ou l’évolution de certaines situations.

Reconnaître cela ne signifie pas être indifférent. Cela signifie simplement reconnaître une réalité : certaines choses échappent à notre action.


Alors la question n’est peut-être pas :

« Comment faire pour que cela ne m’atteigne plus ? »

Mais plutôt :

« Pourquoi est-ce que cela m’atteint autant ? »


Cette question change la perspective.

Elle ne nie pas ce qui se passe à l’extérieur.

Elle ne demande pas non plus de relativiser à tout prix.

Elle invite simplement à regarder ce qui se passe aussi à l’intérieur.


Ce qui se passe autour de nous… et ce que cela vient toucher en nous

Une même situation peut réveiller des choses très différentes selon notre histoire, nos expériences et les mécanismes que nous avons développés au fil du temps.

Une incertitude peut réveiller un besoin de sécurité.

Une difficulté financière peut faire ressurgir une peur de manquer.

Un conflit peut toucher une personne particulièrement sensible au rejet ou à la rupture de lien.

Une situation que nous ne maîtrisons pas peut être particulièrement difficile à vivre lorsque nous avons appris à nous rassurer en anticipant, en prévoyant ou en gardant le contrôle sur notre environnement.

Cela ne signifie pas que la situation actuelle est « dans notre tête ».

Elle est réelle.

Mais elle peut aussi faire écho à quelque chose de plus personnel.

Et c’est parfois là que se trouve une piste intéressante.


Porter ce qui nous appartient

Lorsque tout se mélange, il devient difficile de savoir ce qui nous concerne réellement.

Il y a ce qui se passe dans notre vie.

Il y a ce qui arrive à nos proches.

Il y a ce que nous voyons dans les informations.

Il y a ce que nous craignons de voir arriver.

Et il y a parfois tout ce que nous imaginons à partir de tout cela.


Mais le cerveau ne fait pas la différence entre ce qui est réel et imaginaire quand tout prendre la même place dans notre tête.

On peut alors avoir le sentiment d’être constamment sollicité, alors qu’une partie de cette charge vient de situations sur lesquelles nous n’avons aucune prise.

Il ne s’agit pas de devenir insensible à ce qui nous entoure.

Il s’agit plutôt de pouvoir faire progressivement la différence entre :

ce qui est réellement là,ce qui pourrait arriver,et ce que cela vient toucher en nous.

Cette distinction peut permettre de mieux comprendre sa propre réaction.


La question n’est pas de moins ressentir.

Nous cherchons parfois à ne plus être touchés par les événements. À ne plus nous inquiéter. À ne plus ruminer. À prendre davantage sur nous.

Mais peut-être que l’enjeu n’est pas chercher à ressentir moins.

Peut-être qu'il est d'abord de comprendre ce que nous ressentons, pourquoi nous le ressentons et ce que cela vient toucher en nous.


Parce que lorsque nous comprenons mieux nos réactions, nous pouvons parfois retrouver une marge de liberté dans notre manière de vivre les situations.

Le monde extérieur continuera d’être imprévisible.

Certaines nouvelles continueront de nous toucher.

Certaines situations resteront difficiles.

Nous n’avons pas la main sur tout cela.

Mais nous pouvons apprendre à mieux distinguer ce qui se passe autour de nous de ce qui se passe en nous.

Et parfois, cette distinction suffit à faire un peu de place.


Une dernière question

Dans ce qui vous préoccupe aujourd’hui, vous êtes-vous demandé "qu’est-ce qui vient réellement de la situation… et qu’est-ce qui vient toucher quelque chose de plus profond en moi ?"



 
 
 

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